LA VIE REPREND LE DESSUS

LA VIE REPREND LE DESSUS

 

Nous venons de vivre un temps particulier de l’Histoire, de notre histoire, de notre vie. Le Monde s’est quasi arrêté, brusquement, dès le début du carême ; un temps d’arrêt prolongé pendant le temps pascal, où la vie ordinaire n’était plus, remplacée par la vie numérique.

Plus de vie sociale si ce n’est à travers les réseaux sociaux ; plus de rencontres, plus de partages, plus de liberté, presque plus de fraternité : les sourires cachés par les masques, les gestes de bienveillance et de bienséance remplacés par la distance « sociale » de sécurité ; plus de poignée de main, plus de bise, plus rien ; pire encore, la suspicion, la peur de l’autre, s’est infiltrée dans nos vies ; l’autre est devenu un danger potentiel ; un vrai film de science-fiction.

Cette réalité est encore la nôtre aujourd’hui, même si la vie reprend son cours, la vie économique étant dans l’urgence, en danger de cessation de paiement ; y compris dans l’Eglise. Ce qui porte à réflexion ; l’économie est-elle devenue le tout, la raison d’être d’un monde qui n’a d’autres dieux que l’argent ; l’argent, qui n’est au fond que ce que l’homme a inventé comme intermédiaire, comme instrument des échanges ; cet instrument est devenu la finalité, le but, le Graal.

Aujourd’hui on n’échange plus que de l’argent, de préférence par carte bancaire sans contact… On échange aussi, c’est vrai, de belles idées, de belles promesses ; on nous assure que le monde « d’après » ne sera plus le monde « d’avant », covid-19 ; on verra. Pour l’heure, de fait, le monde « d’avant » n’est pas encore revenu, moins par volonté humaine que par nécessité ; nous sommes dans un entre-deux où nous pouvons encore agir, pour un avenir plus respectueux, plus équitable, plus juste, plus digne, de la place de l’homme et de la nature qui nous entoure.

Le christianisme est un humanisme, un humanisme intégral qui prend toutes les dimensions de l’homme et de sa place dans l’Univers, y compris sa spiritualité. Non, la prière n’est pas qu’affaire personnelle ; parce qu’elle est relation ; relation à Dieu, relation aux autres ; elle est un dynamisme de vie et de communion ; la prière est communion, et communicative ; elle engendre un vivre ensemble. Alors, ce temps d’arrêt aura-t-il permis à l’homme de prendre conscience de sa responsabilité dans ce vivre ensemble, et a contrario de ses limites, quand il ne fait que courir, agir, se divertir ? Si l’homme reprend sa course effrénée en avant, alors il n’aura pas compris la leçon.

Cette communion, nous la vivons aussi en Eglise, dans la communion eucharistique, source et sommet de la vie chrétienne ; parce que pour nous, le centre c’est le Christ. Nos célébrations ont repris, alors n’ayons pas peur ; la peur est mauvaise conseillère, nous le savons. Revenons au Christ, les mesures de prudence qu’exige la situation sanitaire étant mise en œuvre dans nos églises.

Revenons au Christ eucharistique qui nous envoie en mission ; revenons au Christ eucharistique pour vivre cette communion fraternelle, et se soutenir les uns les autres. Certains d’entre nous ont été touchés, dans leur chair, par le deuil, pendant ce temps de confinement ; venons les porter par nos prières, les porter par notre fraternité, les porter par notre espérance.

La vie reprend le dessus ; la vie doit reprendre le dessus. « Moi je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. » Jean 14, 6

P. Thierry